Les douze clés de l’insatiable roi Koromata (1ère partie)

Il est très souvent compliqué de rencontrer en Afrique, de nos jours, des jeunes qui demandent à leurs parents de leur conter l’histoire de leur pays. Ils préfèrent aller sur Internet. C’est vrai, Internet fournit assez de données et d’informations sur plusieurs sujets. Ce qu’on ignore, ou qu’on semble oublier, c’est que la plupart de ces histoires et récits que nous rencontrons à travers cet outil sont traités par des personnes étrangères à nos propres histoires. Et le plus souvent, elles ne rapportent pas les faits et les dires de façon fidèle.Si tel est le cas, cependant, d’autres préfèrent se renseigner auprès de leurs aînés, leurs parents. C’est pour cela que certains rentrent au village ou au hameau : pour rencontrer les sages afin qu’ils soient à la portée de la vraie information, de la vraie histoire.

Statue de l'Almamy Samory Touré. Photo crédit: www.leferchaud.wordpress.com

Statue de l’Almamy Samory Touré. Photo crédit: www.leferchaud.wordpress.com

Cette série de billets, tirée de la fiction et que j’ai intitulée « les douze clés de l’insatiable roi Koromata« , qui reflète la vie de la Guinée de son indépendance jusqu’aujourd’hui. Amina, une curieuse âgée de quinze ans, va s’approcher de son grand-père, témoin de quatre-vingt-dix-sept saisons, afin de connaitre pourquoi son pays a l’air d’aller si mal aujourd’hui. Je vous présente donc cette série sous forme de dialogue entre Amina et Pépé Ismaël.

 

Il est dix-neuf et quart, le soleil est au zénith à Conakry. Amina est de retour de classe. Elle est contente, car son grand-père Ismaël vient d’arriver du village. Elle dépose son cartable sur la table de la véranda. Elle part directement faire ses ablutions afin de rejoindre ses parents en train de s’acquitter de leur obligation religieuse.

Après la prière, tout le monde passe à table. Pendant qu’elle déguste le poulet rôti fait par sa mère, elle demande au vieil Ismaël en ces termes :

– Pépé, je veux que tu me racontes une histoire ce soir, j’adore les histoires. Et son grand-père de répondre :

– D’accord mon étoile. Ça sera avec plaisir.

– Pas maintenant, intervient Aïcha, la mère d’Amina.

– Oui, mon étoile. Ta mère a raison. Finis ton repas et on commence, répond le vieil homme.

C’est ainsi qu’ils continuèrent leur repas. A la fin du dîner, le vieil Ismaël alla s’allonger dans le hamac près de la cuisine, où Amina vint lui rejoindre.

– Grand-père, on peut commencer, suggéra la jeune collégienne.

– D’accord mon étoile. Quelle genre d’histoire veux-tu ? demanda ce témoin de l’histoire.

– Pépé, je veux savoir pourquoi notre pays va si mal. Il y a une histoire qui peut expliquer cela ?

– Bien mon étoile. Je te raconterai l’histoire de notre beau pays à travers un conte qui se déroule quelque part sur une terre appelée Mankadougou afin que tu puisses tirer les conclusions toi-même.

– D’accord Pépé. On peut commencer.

– L’histoire en question parle d’un roi et son royaume : Koromata et son royaume Mankadougou.

– Je vois que je vais adorer, remarqua la gentille Amina.

– Bien mon étoile, reprend le vieil Ismaël. Dans cette bande de terre, dans le continent de H’Balaiwal, vivent plusieurs communautés. Avec des liens séculaires, ces populations, une bonne frange évidemment, partagent entre elles la fraternité, la solidarité, la joie et la gaieté.

«Depuis son apogée, Mankadougou a connu cinq rois. Notamment Sagha-Djihi, Konon-Gbè, Soory, Kambah et Koromata. Autrefois, ce royaume était sous le joug des véritables hommes de couleurs. Pour reconnaître ces humains à l’épiderme multicolore, c’est très simple. Quand ils sortent sous le soleil, ils deviennent jaune, orange ou rouge ; quand ils sont en bordure de mer ils deviennent bleu ; quand ils profitent de l’ombre du Baobab ils deviennent rose ; et quand ils sont en colère ils deviennent rouge ».

– Grand-père, ces hommes de couleur, si je pense bien ce sont les blancs ? Amina interrompit ainsi le vieil Ismaël.

– Oui mon étoile, reprit le vieil homme. Ces hommes de couleurs, en provenance de Fotétaya, possédaient de puissantes troupes armées. Avec leur intelligence, bien que nonchalants, ces multicolores, à l’aide de quelques équipes qu’ils déployaient, pouvaient envahir plusieurs royaumes de H’Balaiwal à la fois. Entre ces vassaux, Mankadougou en faisait partie.

«Durant des siècles, ils ont bafoué la dignité de ces peuples. Pour atteindre leurs objectifs, ils avançaient l’idée selon laquelle les millions d’âmes qui errent à l’intérieur de H’Balaiwal ne sont d’aucune civilisation. Donc, ils étaient venus pour civiliser tous les habitants à la peau d’encre ».

«Pendant leur mission dite civilisatrice, plusieurs ouvrages ont été réalisés pour un semblant de bonheur, car ces missionnaires pillaient les ressources de Mankadougou pour Fotétaya.  Les habitants de Mankadougou étaient brimés dans leur raison d’être ».

«Pour essuyer cet affront, des enfants de Mankadougou ont décidé alors de prendre leur destinée en main. Afin de mener à bien ce noble combat contre ces occupants, les fils de Mankadougou ont placé leur espoir sur un jeune intrépide et téméraire. Sagha-Djihi. Un homme d’une éloquence enviable. Ils réclamaient leur indépendance ».

«Avec courage, le jeune Sagha-Djihi arriva à faire bouillonner de peur le chef armé de la puissante Fotétaya, en l’occurrence N’Golo. C’est ainsi, dans sa malice habituelle, le chef de Fotétaya tenta de faire fléchir son apprenti-civilisé, dont Sagha-Djihi. Mais c’était très mal connaitre Sagha-Djihi et ses Camarades».

«Dans un discours révolutionnaire, l’élève lança à la figure de son maître une bonne dose… »

(A suivre…)